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Billets d'humeur
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Billets d'humeur


  • mai 2008 - Haricots verts kenyans
  • mars 2008 - Pétrole cher égale + de CO2
  • 2006 - Biocarburants et cultures
  • avril 2008 - Pourtant, on vous l'avait dit
  • 2007 - Les biocarburants critiqués
  • 2006 - Rendre compte des recherches

  • mai 2008 - Haricots verts kenyans

    Mangeons des haricots verts kenyans

    Une campagne se développe contre la consommation des haricots verts du Kenya tout au long de l'année, comme symbole de la consommation de fruits et de légumes venus d'autres continents. Cette consommation, de l'avis des pouvoirs publics et des associations écologistes pour une fois étrangement d'accord, serait à proscrire, pour lutter contre le changement climatique et accessoirement défendre le pouvoir d'achat ! Cet argument est démagogique et fallacieux quant à la lutte contre le changement climatique et la défense du pouvoir d'achat et il est scandaleux dans la perspective du soutien au développement de l'Afrique.


    Sur le changement climatique, alors qu'on se permet en Europe tant de laisser-aller, l'argument ne résiste pas à quelques éléments chiffrés. L'ensemble des pays africains producteurs exportent environ 40 millions de tonnes de haricots verts par an, dont la moitié vient du Kenya. Sachant que le transport aérien émet au maximum 1 kg de CO2 par tonne de marchandise transportée sur 1 km et que la distance entre le Kenya et l'Europe est d'environ 5 000 km (4 000 km pour Nairobi-Paris), les 20 000 tonnes de haricots verts du Kenya exportés en Europe sont à l'origine de 100 000 tonnes de CO2 par an. Soit les émissions de 20 000 voitures (un dix millième du parc européen) parcourant 30 000 km en un an !

    En ce qui concerne la part des dépenses de haricots verts kenyans - dépense dont on peut par ailleurs facilement se passer - dans l'augmentation de la dépense de nourriture des ménages, elle n'a rien à voir avec l'accroissement récent du prix de produits de première nécessité : laitages, céréales, huiles, etc.

    Les haricots verts kenyans et plus généralement les produits frais (fruits, légumes et fleurs) importés d'Afrique y font vivre des millions d'habitants, avec une empreinte écologique qui reste très inférieure à celle d'activités semblables pratiquées dans les pays développés. Il s'agit d'une activité agricole, industrielle et commerciale, qui vaut mieux que toutes les formes d'aide qu'on peut imaginer.
    Peut-on revenir à une agriculture de subsistance, locale et sans échanges internationaux ? C'est peu crédible et ce n'est certainement pas les exportations africaines qui produisent des désastres écologiques. S'il y a des excès et des dérives, c'est ailleurs dans le monde et d'abord chez nous, qu'il faut les rechercher.

    avril 2008 - Pourtant, on vous l'avait dit

    Pourtant, on vous l'avait dit

    Dans notre numéro Hors Série paru en décembre 2005 (daté janvier 2006), nous commencions l'éditorial par :


    ....les biocarburants dont on nous parle et dont la fabrication va être développée et encouragée, ont intrinsèquement une portée limitée. En effet, ils utilisent une matière première coûteuse et pour qu’ils puissent réellement constituer une alternative aux produits pétroliers au niveau mondial, il faudrait leur consacrer des surfaces agricoles déjà trop rares pour subvenir aux besoins de nourriture de l’humanité.


    et plus loin dans le numéro :


    En favorisant la fabrication dans les pays développés de biocarburants conventionnels, dont il sera aisé de montrer dans quelques années le coût exorbitant pour la société et le peu d’impact sur les émissions....................tout se passe de facto comme si on cherchait à faire perdurer le plus longtemps possible la domination des carburants d’origine fossile dans les transports.


    Nous suggérions alors de ne pas subventionner les biocarburants de première générations, comme l'éthanol ou le biodiesel qui utilisent la partie nutritionnelle des plantes mais au contraire d'aider la recherche et le développement des biocarburants cellulosiques, qui utilisent comme matière première les résidus organiques.


    Les discours qui nous expliquent aujourd'hui que si on avait vu venir les dégâts (la contribution des biocarburants à accélérer la hausse vertigineuse des prix des céréales et le retour de la faim dans le monde), on n'aurait pas fait la même politique, ne sont pas crédibles. Les arguments contre les biocarburants de première génération étaient connus et démontrés dès le début. Mais comme nous l'écrivions aussi, les raisons des politiques de développement des biocarburants ne tenaient pas à un souci de lutte contre le changement climatique mais au souci de donner des débouchés plus lucratifs aux grands agriculteurs des pays développés – et à cet égard la réussite est au rendez-vous. Il n'y a qu'à voir le lobbying de ceux-ci, qui vise à nier tout problème lié aux biocarburants qu'ils commercialisent.




    mars 2008 - Pétrole cher égale + de CO2



    Pétrole cher égale plus de CO2

    Contrairement à une idéee qui semblait de bon sens, l'augmentation du prix du pétrole n'entraîne pas une diminution des émissions de CO2 mais risque au contraire de les faire croître.
    Sans même prendre en compte le seuil symbolique de 100 dollars le baril, qui est dû actuellement plus à des manipulations financières qu'à des questions d'approvisionnement, dès un prix du pétrole dépassant de façon durable les 60 dollars le baril, il devient intéressant de remplacer les carburants issus du pétrole par des carburants de synthèse issus du charbon, ressource abondante et meilleur marché, mais grande émettrice de CO2.
    Les carburants de synthèse, remplaçant le gazole ou l'essence, seront d'autant plus facilement utilisés, qu'ils présentent l'avantage d'être peu polluants en termes d'oxyde de soufre et de particules, car ils ont exempts d'impuretés. En revanche, en l'absence de captage et de séquestration du CO2, les procédés de fabrication de carburants de synthèse sont fortement émetteurs de CO2 et le bilan de la mine à la roue est bien moins favorable que le bilan du puits à la roue.
    Or, actuellement, il n'existe aucune incitation réglementaires ni financière de nature à imposer les technologies de captage de CO2. Le problème n'est pas technique, comme l'a précisé en début d'année Iain Wright, le responsable du projet séquestration du CO2 chez BP, il existe des technologies disponibles, tant pour le captage que pour le stockage. Les recherches en cours ne visent qu'à faire baisser les coûts et qu'à élargir le choix des sites de stockage possibles.
    Les usines de carburants de synthèse fabriqués à partir du charbon en construction dans le monde ne prévoient donc pas le captage du CO2 et seront d'autant plus rentables que le pétrole sera cher.
    Seule parade possible, augmenter non pas le prix du pétrole mais le prix du CO2, en fixant des règles au niveau international pour que le coût du CO2 émis justifie la mise en oeuvre à court terme des techniques de séquestration du CO2. Ceci vaudrait aussi pour les centrales au charbon de production d'électricité qui voient le jour au rythme d'une par semaine. Le charbon est à l'origine de 70 % des émissions de CO2 du secteur électrique.


    2007 - Les biocarburants critiqués



    L'année où les biocarburants sont critiqués

    Alors qu'en France le plan de déploiement des biocarburants se met en place et qu'en Europe la Commission européenne vise un nouvel objectif de 10 % pour la part des biocarburants, on trouve de plus en plus d'organismes, associations ou ONG pour mettre en question l'efficacité énergétique et en gaz à effet de serre des biocarburants et pour commencer à s'opposer à leur développement.
    Si l'analyse est exacte en ce qui concerne les biocarburants actuellement distribués - nos lecteurs ont pu le lire à plusieurs reprises dans notre magazine depuis plus de deux ans, la conclusion est à la fois simpliste et vient de toute façon un peu tard.
    On paye là un juste retour par rapport aux annonces optimistes faites dans le passé sur le bilan des biocarburants, en contradiction avec la plupart des études scientifiques déjà connues à l'époque - et qui arrivent finalement à la connaissance du public.
    Il aurait mieux valu donner les vrais bilans et expliquer les politiques de soutien aux biocarburants par l'intérêt pour le secteur agricole et éventuellement pour l'indépendance énergétique.
    Mais ces bilans pas très favorables, qu'il s'agisse de l'énergie consommée, des quantités de gaz à effet de serre évités ou des ressources naturelles mobilisées, valent pour les biocarburants de première génération, qui utilisent le maïs, le blé, les plantes sucrières ou les plantes oléagineuses comestibles.
    Les bilans sont beaucoup plus favorables pour les biocarburants fabriqués à partir de résidus agricoles ou forestiers ou de déchets organiques.
    Ces technologies plus récentes arrivent sur le marché et pourraient se déployer rapidement - si la place n'était pas déjà occupée par la production de biocarburants de première génération à grand renfort de subventions.
    Il était normal de commencer à utiliser les biocarburants immédiatement disponibles, avec les unités de production existantes au maximum de leur capacité. Il est en revanche dommage d'avoir soutenu l'investissement dans de nouvelles unités de production de biocarburants de première génération. Si ces unités étaient rentables, elles auraient du être construites pas les industriels sans subvention. Sinon, il fallait soutenir les unités de fabrication de biocarburants de deuxième génération en priorité. Une fois de plus, tout s'est ligué pour retarder de plusieurs années - le temps d'amortir les usines en cours de construction - le déploiement des technologies les plus efficaces - dans le cas présent, les biocarburants de deuxième génération (cf E&DDM HS Biocarburants).  


    2006 - Biocarburants et cultures

    Biocarburants et cultures

    Au moment où est lancé en France le plan de véhicules Flex-Fuel - pour permettre à chaque automobiliste qui le souhaite de s'approvisionner en mélange E85 de 85 % d'éthanol et d'essence... à l'horizon 2010 - on a pu entendre que la limite des biocarburants se trouve dans la concurrence avec les cultures destinées à nourrir une population mondiale en croissance et aussi que l'efficacité en terme de réduction des émissions de CO2 des biocarburants est elle aussi limitée par les émissions de l'énergie nécessaire à la culture des plantes et aux procédés de transformation.
    Ces deux arguments, comme la quasi totalité des commentaires sur les biocarburants, font exclusivement référence à ceux produits à partir de la partie nutritionnelle des plantes, sucres des betteraves ou des céréales, huile des graines des plantes oléagineuses. Dans ce cas, il est vrai que le soutien aux biocarburants est plus destiné à aider l'agriculture et à montrer qu'on agit contre le pétrole cher - qu'à lutter contre le changement climatique.
    Mais le succès des biocarburants s'il reste possible, concerne ceux de seconde génération, ou cellulosiques qui sont produits à partir de la cellulose des déchets de bois ou de l'agriculture. Dans ce cas, non seulement la ressource change d'échelle, mais plus l'agriculture se développe pour nourrir la population, plus la ressource constituée par les déchets augmente. Quant au bilan énergétique, il s'améliore considérablement, puisque l'énergie consommée pour la culture et la récolte des plantes destinées à la consommation ne compte pas pour les déchets.
    Si on souhaite vraiment développer les biocarburants pour qu'ils occupent une place significative dans les transports, c'est l'investissement dans les biocarburants cellulosiques qu'il faut soutenir et non pas l'investissement dans les biocarburants actuels. Le secteur privé peut construire des usines de fabrication de biocarburants de betteraves, de maïs, de céréales ou de colza, s'il juge qu'elles sont rentables dans un contexte de pétrole cher, mais le soutien public devrait aller essentiellement à l'investissement dans les biocarburants utilisant des déchets comme matière première.
    Sinon, comme dans bien d'autres cas en ce qui concerne les solutions plus respectueuses du climat, on ne fait que repousser leur mise en oeuvre, au-delà du raisonnable.






    2006 - Rendre compte des recherches

    Rendre compte des recherches scientifiques sur le réchauffement climatique et le CO2
    Deux informations récentes montrent combien il est délicat de rendre compte des résultats d’études scientifiques en quelques lignes et surtout en un titre. Une première série d’articles récents tourne autour de la mise en cause des bases scientifiques prouvant l’accélération du changement climatique depuis 150 ans et son origine anthropique. Une autre « ouvre » un débat sur le stockage géologique de CO2. Dans les deux cas, qu’en est-il vraiment ?
    Parmi les bases scientifiques prouvant la réalité du changement climatique, en partie dû à l’activité humaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a utilisé une courbe des températures fournie par les paléoclimatologues, dite en « batte de hockey ».
    La particularité de cette courbe, c’est qu’elle ne fait pas apparaître l’existence d’un réchauffement climatique au moyen-âge, tel qu’il était représenté auparavant. La réalité de cette période chaude au moyen-âge a été remise en cause par la plupart des paléoclimatologues. En effet, on définit une période chaude comme un réchauffement climatique ayant touché toutes les régions du monde. Or, les traces d’un réchauffement au moyen-âge ne proviennent que de quelques données localisées, non confirmées par ailleurs.
    Depuis la publication de cette courbe, une polémique existe, en particulier entre les paléoclimatologues et des statisticiens. Dans un rapport publié en juillet 2006, une équipe de statisticiens confirme les critiques précédentes sur l’application de la méthode statistique par les paléoclimatologues, méthode qui est présentée comme étant erronée. Cependant les auteurs du rapport eux-mêmes ajoutent que leurs conclusions ne remettent aucunement en cause la réalité de l’origine anthropique du réchauffement climatique au XXe siècle. La critique porte essentiellement sur l’effacement de la période de réchauffement antérieure.
    En effet, comme les paléoclimatologues disposaient de données éparses pour les périodes les plus anciennes et de données plus régulières et mieux réparties pour le 19e et le 20e siècle, ils ont utilisé comme valeur de référence moyenne celle de la période la plus récente, pour l’ensemble des données. D’après la méthode statistique exacte, ils auraient dû utiliser comme référence la moyenne sur toute la période. La méthode appliquée par les paléoclimatologues a pour résultat d’atténuer les variations des périodes anciennes par rapport aux périodes nouvelles. Sur le plan statistique, la critique est justifiée. Sur le plan de la paléoclimatologie, les informations disponibles ne permettent pas de démontrer l’existence d’un réchauffement significatif et global au moyen-âge. L’erreur des paléoclimatologues a sans doute été de vouloir utiliser les statistiques pour l’illustrer. Mais les statistiques n’ont de valeur qu’à condition que les données fournies soient pertinentes. Il aurait été plus correct de dire qu’en traitant statistiquement les rares données éparses disponible pour le moyen-âge, on obtenait un signe de réchauffement climatique à cette époque – mais que comme les données n’étaient que très localisées, on ne pouvait pas dire que ce réchauffement était global, contrairement au réchauffement en cours. Leur courbe est donc très probablement plus proche de la réalité que la courbe statistique exacte, mais la méthode utilisée pour l’obtenir n’est pas correcte.
     
    La deuxième information remet en cause le stockage du CO2 à partir de résultats récemment publiés. Ces résultats concernent un essai d’injection de CO2 liquide dans une formation géologique saline au Texas. Ils montrent l’existence d’une acidification du milieu qui pourrait conduire (sans que cela se soit déjà produit) à des fuites de liquide contenant des métaux lourds vers les nappes phréatiques. Mais ils montrent aussi que des minéraux se déposent aussitôt et ont tendance à colmater d’éventuelles brèches. Ce phénomène d’acidification initial a déjà été constaté dans d’autres sites d’essai de stockages de CO2 et il a disparu par la suite. D’autre part, le site exploité depuis plusieurs années en mer du Nord, qui est également une formation saline, n’a donné lieu à aucune fuite de CO2 jusqu’à présent. Si cela devait se produire, cela imposerait un traitement au niveau des puits d’injection mais ne remettrait pas en cause le procédé. C’est bien pour évaluer la pérennité du stockage que les recherches en cours sont réalisées. Même s’il y avait un risque de fuite du CO2 à très long terme, c’est surtout à court terme et pour gagner du temps, en attendant une économie sans émission de carbone, que le stockage de CO2 s’impose et reste donc une solution sans doute incontournable.

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